Archives pour la catégorie Les fondements des échanges internationaux

Exercice sur le protectionisme

Exercice:

  1. En vous appuyant sur ce texte et sur vos connaissances, donnez une définition du protectionnisme
  2. Indiquez quelques mesures protectionnistes
  3. Quelle est la doctrine opposée au protectionnisme?Indiquez ses principales caractéristiques.
  4. D’après vous les économies contemporaines sont elles protectionnistes ou non?

Promis, juré, ils ne se laisseront pas rattraper par les vieux démons. « Nous nous sommes engagés aujourd’hui à faire tout ce qui est nécessaire pour (…) promouvoir le commerce mondial et rejeter le protectionnisme », ont assuré les dirigeants du G20, jeudi 2 avril, à l’issue du sommet de Londres. Dont acte.

Cette déclaration de principes serait toutefois plus crédible si les principaux poids lourds de la planète n’avaient, depuis quelques mois, remis à l’honneur des pratiques qu’ils s’évertuent à brocarder. Comme le triplement annoncé des taxes américaines sur le roquefort, la fermeture du marché chinois au porc irlandais ou l’établissement par le gouvernement indonésien d’une liste noire de 500 produits étrangers. Ou encore l’imposition de taxes antidumping sur les importations de bougies et de cierges fabriqués en Chine, décidée par l’Union européenne mardi 7 avril, cinq jours après le sommet du G20… Selon un rapport de la Banque mondiale publié le 17 mars, on recensait alors déjà 47 mesures restreignant les échanges commerciaux prises depuis le début de la crise financière.

N’en parler jamais, y penser toujours, s’y résoudre parfois : ainsi pourrait se résumer l’attitude des grands Etats industrialisés face au protectionnisme en ce début de XXIe siècle. Discrédité depuis la Grande Dépression des années 1930, dont il fut considéré comme l’un des facteurs aggravants, le protectionnisme avait été condamné lors de la conférence de Bretton Woods, en juillet 1944, qui célébra les vertus du libre-échange. Il n’empêche. S’il réapparaît aujourd’hui comme l’une des réponses à la crise mondiale, c’est aussi parce qu’il a une longue histoire, au cours de laquelle il compta d’illustres défenseurs.

A l’instar de Jean-Baptiste Colbert (1619-1683). En France, le contrôleur général des finances de Louis XIV fut sans doute le premier homme d’Etat à mettre en oeuvre une politique protectionniste ambitieuse. « La liberté est l’âme du commerce », aimait-il répéter. Mais il n’appliqua cet axiome qu’à l’intérieur du royaume. Vis-à-vis de l’étranger, Colbert agit en revanche en pur défenseur du « patriotisme économique », réservant à la métropole l’exclusivité du commerce avec ses colonies et doublant, en 1667, les taxes sur les produits anglais et hollandais. Signe des temps, il devint particulièrement bien vu de « s’habiller français » à la cour du Roi-Soleil. « Derrière Mlle de La Vallière et Mme de Montespan venaient une multitude de dames qui refusaient de porter aucune étoffe provenant de l’étranger, prétendant ainsi, en sacrifiant leur coquetterie, se noblement sacrifier à la patrie », rappelle le Grand Dictionnaire universel de Pierre Larousse, publié dans les années 1860…

Cette politique eut des conséquences plutôt négatives. A quelques exceptions, elle ne profita guère à l’industrie française, que le ministre de Louis XIV pensait pourtant « sortir de l’enfance ». Et ce pour une raison simple, qu’un mémoire anonyme mit en lumière dès 1668 : « M. Colbert ne prend pas garde qu’en voulant mettre les Français en état de pouvoir se passer de tous les autres peuples, il les conduit à faire la même chose de leur côté, car il est certain qu’ils ont pris une autre route pour aller chercher ailleurs la plupart des choses dont ils venaient se fournir dans nos provinces. »

Les années ultérieures confirmèrent la justesse de ce diagnostic. Les Anglais, grands importateurs de toiles bretonnes, ne tardèrent pas à se tourner vers d’autres fournisseurs européens. Et les Hollandais prohibèrent les eaux-de-vie et taxèrent les soieries venant de France. La « guerre des tarifs » fit bientôt le lit de la guerre tout court. Elle fut en tout cas l’une des causes du conflit armé qui opposa la France à la Hollande de 1672 à 1678. Conflit à l’issue duquel les droits de douane de 1667 furent révisés à la baisse.

Ce qui était vrai à la fin du XVIIe siècle le sera, grosso modo, jusqu’à la seconde guerre mondiale. Pendant deux siècles et demi, le protectionnisme resta plutôt la norme que l’exception. Ce qui n’empêcha ni la croissance ni le développement des échanges, comme le font valoir les contempteurs du libre-échange.

Il y eut évidemment des variations selon les époques et les Etats. Le Royaume-Uni fut sans doute celui qui pratiqua le libre-échange de la façon la plus aboutie. La date importante est ici 1846, année de l’abrogation des corn laws (« lois céréalières »), promulguées trente et un ans plus tôt pour limiter les importations de blé étranger et garantir aux agriculteurs britanniques des revenus élevés. Cette phase libre-échangiste fut toutefois remise en cause dès les lendemains de la Grande Guerre. Dans un contexte économique très difficile, et alors que le chômage frappait 17 % de la population active, le Parlement vota en 1921 le Safeguarding of Industries Act, qui fixait à 33 % les droits de douane sur de nombreux produits manufacturés menacés par la concurrence étrangère.

Ailleurs, la tentation protectionniste demeura permanente. Souvent cité en exemple, le traité de libre-échange que signèrent la France et le Royaume-Uni en 1860 apparaît, à l’échelle de l’histoire, comme une parenthèse. Les décennies qui précédèrent la première guerre mondiale, marquées par l’exacerbation des antagonismes nationaux, furent aussi celles du retour au nationalisme économique. De 1875 à 1913, les taux moyens de protection douanière passèrent ainsi de 5 % à 13 % pour l’Allemagne, de 15 % à 20 % pour la France et de 20 % à 85 % pour la Russie. Selon la structure des économies, ils visèrent en priorité les biens manufacturés ou les matières premières.

En France, pays encore très rural (la population urbaine ne deviendra majoritaire qu’en 1930), c’est surtout l’agriculture qui fit l’objet de protections. L’homme qui incarnait alors cette politique s’appelle Jules Méline (1838-1925). Figure de la droite modérée, plusieurs fois ministre de l’agriculture, il donna son nom à l’une des lois les plus célèbres de la IIIe République, celle de 1892 fixant des droits de 5 % à 20 % sur les produits agricoles importés.

Il est donc inexact d’associer de façon exclusive le protectionnisme à la crise des années 1930. Avec le recul, la fameuse loi Smoot-Hawley instaurant en juin 1930 un droit moyen de 40 % sur tous les produits importés aux Etats-Unis marque en fait plus un aboutissement qu’un tournant. Surtout si on la replace dans la longue durée de l’histoire américaine. Depuis la fin du XVIIIe siècle, les Etats-Unis étaient, selon la formule de l’historien de l’économie Paul Bairoch, « la patrie et le bastion du protectionnisme moderne ». Une politique promue dès la présidence de George Washington par Alexander Hamilton, secrétaire au Trésor de 1789 à 1795 et auteur en 1791 d’un rapport sur les manufactures. Ce texte, qui faisait de l’érection de barrières douanières une condition de l’essor industriel américain, était l’une des références de l’économiste allemand Friedrich List (1789-1846), l’un des pères de la théorie protectionniste.

C’est sans doute parce qu’il faisait partie depuis longtemps des solutions « naturelles » aux secousses économiques conjoncturelles (dans les années 1880-1890, par exemple) que le protectionnisme apparut comme une réponse évidente à la crise qui frappa l’économie mondiale au lendemain du krach de Wall Street, en octobre 1929. Les gouvernements eurent alors recours aux recettes classiques (hausse des droits de douane, contingentement – voire prohibition – de certains produits). Mais aussi à d’autres instruments, de nature monétaire, qui s’inscrivaient eux aussi dans une logique de protection. Ce fut le cas des dévaluations à la chaîne, dont les effets positifs pour les pays exportateurs furent annulés dès lors que tous les pays se mirent à déprécier leurs monnaies. L’ensemble de ces mesures contribua à asphyxier le commerce international, dont le volume chuta de 40 % entre 1929 et 1932.

Contrairement à une idée reçue, le protectionnisme n’a pas plus disparu après 1945 qu’il n’était apparu en 1930. Signé en 1947 par vingt-trois pays, l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) a certes permis de réduire drastiquement les droits de douane. A l’issue des négociations du Kennedy Round (1964-1967), le taux moyen de protection mondiale était ainsi de dix fois inférieur à celui de 1947. Et il a continué de baisser depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en 1995.

Reste ce que l’économiste Bernard Guillochon appelle le « protectionnisme insidieux » (Le Protectionnisme, La Découverte, 2001). Celui-ci n’a cessé de se développer au cours des dernières décennies. D’abord sous la forme de mesures antidumping visant à empêcher l’entrée de produits étrangers à des prix trop bas. Ensuite à travers la constitution d’unions économiques régionales. De plus en plus nombreuses – on en comptait 26 en 1969 et 98 en 1995 -, celles-ci sont souvent accusées de pratiquer contre les pays tiers un protectionnisme qu’elles ont aboli à l’intérieur de leurs frontières. C’est le cas du Japon, mais aussi de l’Union européenne, régulièrement accusée – en particulier par les Etats-Unis – de surprotéger son marché agricole.

« Les buts (…) du libre-échange (…) représentent, dans la perspective historique, un principe nouveau et éminemment révolutionnaire », écrivait au début des années 1960 l’économiste libéral Michael Angelo Heilperin. Quarante ans plus tard, au vu du retour rampant d’un « patriotisme économique » dont l’histoire est aussi ancienne que celle du capitalisme, le jugement garde toute sa pertinence.
Thomas Wieder

Le Monde 11/04/2009

EA :Le danger du protectionnisme guette les Etats-Unis (septembre 2008)

Analyse de document
1 Rappeler les caractéristiques du protectionnisme et celle du libre échange (donner des exemples tirés de ce texte)
2 Pourquoi les déclarations de Barack Obama de septembre 2008 étaient elles de nature à jeter à cette date le trouble dans l’ électorat américain?
3 Et qu’en serait il aujourd’hui (14 octobre 2008) ?
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Au début de s campagne électorale, le candidat Barack Obama a révélé sans ambiguïté des convictions protectionnistes. Il a notamment promis que, s’il était élu, il renégocierait l’Accord de libre-échange nord-américain (dit Alena). Ce traité liant les États-Unis, le Mexique et le Canada avait pourtant été signé en 1994 par Bill Clinton, un président démocrate.
Le trouble jeté par cette déclaration avait conduit l’un des principaux conseillers économiques de Barack Obama à rassurer en secret le gouvernement canadien. Il ne se serait agi que de propos de campagne, destinés à rester sans suite. Mais ces assurances furent rendues publiques et l’entourage du sénateur de l’Illinois réagit en affirmant que les paroles dudit conseiller avaient été mal interprétées et que les termes de l’accord de libre-échange devaient bien être renégociés.
Toutefois, après avoir été désigné comme candidat à la présidence par son parti, Obama a semblé faire marche arrière. Il s’est déclaré partisan de la liberté des marchés sans cependant donner de précisions supplémentaires au sujet de l’Alena. Il est habituel que, au cours de la campagne conduisant aux élections primaires, les prétendants à la magistrature suprême prennent des positions extrêmes qu’ils modèrent une fois officiellement adoubés par leurs partis.
Dans un premier temps, il s’agit de s’attirer le vote de militants aux opinions pures et dures, dans le second celui d’électeurs centristes plus mesurés. Ce qui expliquerait l’évolution de la rhétorique électorale du sénateur de l’Illinois. Mais laisse planer un doute sur ce que serait son attitude en tant que président.
Si la crise économique perdure, ce qui est très probable, le chômage continuera de croître. Les appels à l’intervention de l’Etat se feront entendre avec insistance. En particulier de la part des syndicats. Leurs alliés, les démocrates forts d’une large majorité au Congrès, nous annonce-t-on, s’efforceront de les satisfaire. Surtout avec un speaker de la Chambre des représentants (et troisième personnage de l’Etat), Nancy Pelosi, située à la gauche de son parti et qui a déjà fait ses preuves en bloquant des accords de libre-échange entre les États-Unis et la Colombie et le Panama.
Dans ces conditions, des mesures protectionnistes ne manqueront pas d’être votées en 2009. Et cela en dépit des convictions libre-échangistes des conseillers économiques de l’actuel candidat. Il est exact que le présent accord entre partenaires nord-américains aura réduit l’emploi aux États-Unis dans quelques secteurs industriels, telle l’automobile. En revanche, il aura permis la création de très nombreux jobs dans d’autres branches, en particulier dans les services et la technologie.
Au total, l’accord aura provoqué un déplacement du travail vers les emplois produisant le plus de valeur ajoutée sans, au total, créer du chômage. On peut en voir la preuve dans la création de 15 millions d’emplois (soit une hausse de 12,5% de la main-d’oeuvre) dans les années qui ont suivi l’application de l’Alena (et précédé la récession de 2001). Années qui ont vu le chômage baisser de 5,5% à 4%, ce dernier chiffre étant considéré comme le minimum ne pouvant être abaissé sans mettre en danger la stabilité des prix. Impossible dans ces conditions de croire que les accords de libre-échange ont été une cause de chômage, la plupart des économistes pensant même que c’est le contraire qui est vrai.
Les syndicats, présents surtout dans les industries manufacturières, sont donc opposés au libre-échange pour des raisons égoïstes : ils défavorisent leur base alors même que le libre-échange est source d’emplois et de progrès pour la majorité de la population. Mais donner satisfaction aux organisations ouvrières peut coûter cher et les Américains devraient le savoir. Les tarifs douaniers de sinistre mémoire, connus sous le nom de Smoot-Hawley Act de 1930, provoquèrent des mesures de rétorsion – les exportations américaines chutèrent de plus de moitié – et contribuèrent à précipiter les États-Unis puis l’Europe dans la dépression.
La campagne électorale américaine est polarisée sur les caractères des candidats, leurs aptitudes et leur expérience à diriger le pays en cas de crise. Et très rarement sur ce que seraient leurs politiques économiques, en particulier dans le domaine du protectionnisme. Il est à craindre que celle de Barack Obama entraîne l’Amérique et le monde dans des turbulences dont nous espérions être définitivement sortis.
Florin Aftalion, professeur émérite à l’Essec


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