Archives pour la catégorie Les fondements de la connaissance économiques

Le développement structuré (2)

BTS ECONOMIE/DROIT @ Alain Kadouch
LE DEVELOPPEMENT STRUCTURE
1 Travail préalable
n Lire le sujet lentement et attentivement à plusieurs reprises en soulignant termes essentiels
n Le délimiter, de façon précise, afin de traiter tout le sujet et seulement le sujet.
n Comprendre la question posée,
n Recenser par écrit sous forme de brain-storming ses connaissances (cours, lectures, réflexions personnelles) sur le sujet ainsi délimité.
n Adapter ces connaissances au sujet et les regrouper autour de deux ou trois idées formant le plan.
2. Rédaction du développement
A L’introduction
Ella a notamment pour rôle:
ß de présenter et de délimiter le sujet,
ß d’indiquer les problèmes soulevés par le sujet,
ß de présenter la logique de l’argumentation suivie, c’est-à-dire le plan adopté.
Une introduction comporte 3 moments :
• une « accroche »
• l’identification de la problématique
• l’annonce du plan
B Le plan
Comprenant généralement deux ou plus rarement trois parties (et 2ou 3 sous parties de longueur comparable), le plan vise à présenter les idées essentielles du raisonnement selon un ordre logique et progressif
C La conclusion
La conclusion permet de
n faire une synthèse,
n porter le cas échéant, si cela vous est demandé, un jugement,
n ouvrir des perspectives ,élargir le sujet traité
4 Quelques suggestions pratiques
ß Au brouillon , rédiger complètement l’introduction (lue en premier parle correcteur, elle lui donnera la première impression de la copie)
ß Agir de même pour la conclusion (élargir le sujet)
ß Rédiger directement le corps du développement (2 ou 3 parties)
ß Pour justifier la passage d’une partie à une autre, ne pas oublier une ou deux phrases de transition
ß Vérifier l’orthographe et à ne pas employer un langage relâché
5 Comment gérer son temps
A l’examen , réserver 2 h au développement structuré ., ce qui conduit au à titre indicatif au timing suivant
ß Lecture et compréhension 15’
ß Mobilisation des connaissances, les noter en vrac au brouillon 15’
ß Recherche du plan 15’
ß Rédaction de l’introduction et de la conclusion au brouillon 15’
ß Rédaction du devoir et relecture 60 ‘

EA: Les exceptions aux 5 règles de la concurrence pure et parfaite

Exercice:
à côté du rappel des 5 règles de la concurrence pure et parfaite,indiquez les exceptions observées dans l’économie réelle(définir ce mot )
**********************************************************************************************************
- Atomicité: se caractérise par la présence d’un grand nombre d’offreurs et de demandeurs. de taille réduite ( « atomes »).Aucun agent du marché (acheteur ou vendeur) ne peut, par sa seule action exercer une influence sur les conditions du marché

- L’entrée libre sur un marché:
donc toute réglementation imposant des conditions préalables à l’exercice d’une activité est donc exclue.
- l’homogénéité.
En d’autres termes chacune des unités proposées par les offreurs doit être totalement interchangeable.Cela suppose l’absence de publicité et que les vendeurs ne pratiquent pas une politique de différenciation des produits.

- transparence des marchés:

Donc à tout moment, les acheteurs doivent pouvoir connaître l’ensemble des prix pratiqués par les entreprises. De même, cela suppose que les producteurs puissent connaître à tout moment les conditions de prix et de production de leurs concurrents.

- La parfaite mobilité des facteurs: Donc n’importe quel acheteur ne soit pas gêné par la distance géographique, les frais de transport, les habitudes commerciales, etc…. pour entrer en contact avec n’importe quel vendeur

GLOSSAIRE ECONOMIQUE

GLOSSAIRE ECONOMIQUE
1) MACROÉCONOMIE
Partie de la science économique centrée sur l’analyse des comportements d’une économie nationale et de ses relations avec les économies étrangères (le reste du monde). Elle étudie notammentla consommation de l’ensemble des ménages et la production de toutes les entreprises.
La macroéconomie raisonne sur des groupes d’agents économiques et sur des agrégats.
Les phénomènes économiques observés résultent de comportements collectifs qui ne sont pas analysés en tant que tels mais en fonction de leurs effets sur des grands équilibres : croissance, inflation, équilibre extérieur, emploi…
2) MICROÉCONOMIE
Partie de la science économique qui étudie le comportement rationnel des différents agents économiques : le consommateur, l’entreprise, le détenteur de capital, le travailleur.
La microéconomie analyse, à l’aide de modèles mathématiques, les comportements des individus pour mieux comprendre les comportements collectifs.
3) GESTION
Au sein des entreprises la gestion correspond à l’organisation et à la recherche de la meilleure utilisation des ressources financières, matérielles et humaines.
4) MANAGEMENT

Pilotage de l’entreprise dans son environnement futur.

Le circuit économique (notion)

Les agents économiques sont tous en relation les uns avec les autres. Par exemple, les ménages ont des
relations avec d’autres agents économiques comme les entreprises, les banques, les administrations,
eux-mêmes en relations réciproques.

Ces échanges sont matérialisés par des flux. Les flux représentent les mouvements de biens et services (flux réels)
et les mouvements de monnaie (flux financiers) entre les différents agents économiques.

Le circuit économique est une représentation imagée et simplifiée de l’activité économique qui
permet de décrire, au moyen des flux, les relations essentielles entre les différents agents.
Chaque flux est caractérisé par sa nature et le sens du mouvement, représenté, par convention, au
moyen d’une flèche orientée.

Qu’est ce que l’économie nationale?

Ensemble des unités résidentes sur le territoire économique.
Le territoire économique français comprend la métropole et les départements d’outre-mer.
Les départements d’outre-mer ont été rattachés au territoire économique à partir de la base des comptes nationaux 95. Dans les bases précédentes (56, 59, 62, 71 et 80) ils faisaient partie du reste du monde..

Qui sont les agents économiques?

La comptabilité nationale regroupe les agents économiques en sept types d’unités institutionnelles :
* Ménages,
* Sociétés financières,
* Sociétés non financières (entreprises),
* administrations publiques,
* Institutions sans but lucratif au service des ménages (ISBLSM)
* les sociétés d’assurance
* et « reste du monde »
Ces agents entretiennent des relations d’échange constituant le circuit économique.

Qu’est ce que l’économie?

Etymologie :
du grec « oikos », maison et
« nomos », gérer, administrer.

Etymologiquement, l’économie est l’art de bien administrer une maison, de gérer les biens d’une personne, puis par extension d’un pays.
Plus généralement, l’économie est une science sociale qui étudie la production, la répartition, la distribution et la consommation des richesses d’une société.
Le principe général qui sous-tend l’économie est celui de la rareté des ressources (économie= administration des ressources rares) et conduit à la mise en avant du calcul économique consistant à consommer un minimum de moyens en vue de réaliser un maximum de profits.
La définition de l’économie n’est pas consensuelle.
Ses contours et son contenu varient en fonction des auteurs et des courants de pensée.

L’intervensionnisme aux Etats-Unis

[les echos 15/09/08 ]

Le sauvetage par le trésor américain de Freddie Mac et Fannie Mae est évalué à 200 milliards de dollars par les plus pessimistes. Et pourtant ce n’est pas une première dans le pays du libéralisme. L’état fait souvent preuve d’un interventionnisme et d’une réactivité extraordinaires pour aider des entreprises à passer un mauvais cap et ce, dans le but d’éviter de mettre en danger l’économie du pays ou d’un Etat (fédéral) tout entier.
Des précédents célèbres
Tout le monde a en tête le New Deal de Roosevelt et la politique très interventionniste de grands chantiers lancés pour faire face à la crise de 1929, mais l’action de l’Etat américain ne s’est pas arrêtée là.
- A la fin des années 1960, l’administration Nixon avait apporté un soutien financier à Lockheed Aircraft Corporation et s’était résolue à la nationalisation pure et simple de la compagnie ferroviaire Pennsylvania and New York Central Transportation Compagnie.
- Sous Jimmy Carter, c’est au secours du constructeur automobile Chrysler que vole l’Etat fédéral, l’entreprise était au bord du gouffre.
- Au début des années 90, le sauvetage le plus emblématique est celui des caisses d’épargne. Il aura coûté près de 124 milliards de dollars aux contribuables américains, auxquels se sont ajouté 30 milliards de dollars d’aides accordées à l’industrie bancaire.
- Après le 11 septembre, le Congrès avait approuvé un plan de sauvetage de 15 milliards de dollars destiné aux compagnies aériennes.

Pour sauver la finance américaine, Washington prend le contrôle de Fannie Mae et Freddie Mac

Pour sauver la finance américaine, Washington prend le contrôle de Fannie Mae et Freddie Mac
[Les Echos 08/09/08 ]

L’Etat est prêt à investir jusqu’à 200 milliards de dollars pour soutenir les deux agences de refinancement hypothécaire, clef de voûte du financement immobilier américain. Placés sous tutelle, leurs engagements garantis par l’Etat et leurs dirigeants évincés, Fannie Mae et Freddie Mac vont continuer à fonctionner, mais leurs actionnaires seront lessivés.

DE NOTRE BUREAU DE NEW YORK.

C’est un sauvetage public historique pour un pays aussi libéral et darwinien que les Etats-Unis, en particulier sous administration républicaine. Celui de deux sociétés « trop grandes pour faire faillite » qui ont à leur tour succombé à la crise des « subprimes ». Pour le président Bush, les deux agences semi-publiques de financement du crédit immobilier américain, Fannie Mae et Freddie Mac, « représentaient un risque inacceptable » pour le système financier et l’économie des Etats-Unis. Le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, a annoncé hier le plan de sauvetage des deux organismes cotés en Bourse qui assurent ou garantissent près de 5.300 milliards de dollars de prêts immobiliers, soit 40 % environ de l’encours de crédit immobilier américain. « Il est temps de passer à l’action. Nous l’avons fait en ayant trois objectifs à coeur : apporter de la stabilité aux marchés financiers, continuer à rendre le financement pour les crédits immobiliers accessible et protéger le contribuable », a-t-il déclaré.
Fannie Mae et Freddie Mac vont être placés sous la tutelle (« conservatorship ») du nouveau régulateur du refinancement hypothécaire (FHFA), ce qui signifie qu’elles pourront continuer à fonctionner normalement. Le Trésor est prêt à investir jusqu’à 100 milliards de dollars d’actions préférentielles senior dans chacune des sociétés. Il va dans un premier temps investir 1 milliard de dollars pour acheter sur le marché des actions préférentielles avec un coupon à 10 % pour chacune des deux firmes. Il dispose de warrants qui peuvent lui donner à terme 79,9 % du capital dans chaque cas. « Ce sont des mesures nécessaires pour renforcer le marché immobilier américain et promouvoir la stabilité sur nos marchés financiers », a commenté Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale.
Fannie Mae et Freddie Mac sont en effet un rouage essentiel de l’économie américaine : elles rachètent leurs prêts aux banques et les revendent titrisés, apportant par là de la liquidité pour de nouveaux financements. Dans son nouveau plan, le Trésor se donne aussi la possibilité d’acquérir des produits titrisés liés à l’immobilier (MBS ou mortgage backed securities), « ce qui apportera une aide capitale aux marchés du crédit immobilier en ces temps d’incertitude », a souligné Ben Bernanke. Selon Henry Paulson, Fannie Mae et Freddie Mac vont pouvoir augmenter modestement leur portefeuille de MBS jusqu’à la fin de 2009, mais devront, à partir de 2010, le réduire annuellement de 10 % pour se stabiliser « à un niveau plus bas et moins risqué ». L’Etat va reprendre à son compte les engagements des deux entreprises. Celles-ci ont vendu des milliards de produits titrisés à base de crédit immobiliers à des fonds, des banques centrales, des institutions financières.
Intervention graduelle
La nervosité de ces derniers jours a convaincu l’administration qu’il était temps d’intervenir. Morgan Stanley, mandaté par le Trésor pour analyser la situation, ne les a pas jugées suffisamment capitalisées pour tenir seules dans un environnement aussi difficile. Surtout, elle a considéré que les méthodes comptables employées par Freddie Mac ne rendaient pas objectivement compte de ses besoins en capitaux. Selon le plan, l’Etat ne fera pas d’injection massive de capital, mais interviendra au fur et à mesure que la situation l’exigera. Il veillera particulièrement à ce que les 1.600 milliards de dollars d’obligations émises pour financer leurs opérations soient solvables. « Ils cherchent à faire deux choses, la première est la mise sous tutelle et la seconde est de les refinancer. Je pense que c’est une combinaison importante », a souligné Barney Frank.
Cet été, une loi a été votée autorisant le Trésor à entrer au capital de ces sociétés si nécessaire. « Sur la base de ce que nous avons appris sur ces institutions au cours des quatre dernières semaines, y compris ce que nous avons appris sur leurs besoins en capital et vu les conditions actuelles du marché, j’ai conclu qu’il ne serait pas du meilleur intérêt du contribuable de faire un simple investissement en capital dans ces entreprises sous leur forme actuelle », a fait valoir Henry Paulson. Mi-juillet, le Trésor avait accru leur ligne de crédit et la Fed leur avait ouvert des facilités de financement, comme elle l’a déjà fait pour des banques d’investissement. L’idée était alors de rassurer les marchés et d’éviter une intervention des pouvoirs publics. Mais la dégradation continue des marchés immobiliers et financiers a obligé le Trésor à intervenir plus vite. Les politiques ont été prévenus de l’opération : les candidats à la présidence des Etats-Unis comme les élus du Congrès.
Après le sauvetage de la cinquième banque d’investissement de Wall Street, Bear Stearns, en février, et sa vente, pour un prix bradé à JP Morgan Chase, Henry Paulson a trouvé une seconde occasion d’intervenir directement et d’appliquer sa doctrine : préserver la stabilité du système financier mais laisser les actionnaires responsables des risques pris.
VIRGINIE ROBERT

Analyse de document : la fin du néolibéralisme (JOSEPH E. STIGLITZ Les Echos [ 21/07/08 ])

Analyse de document:

1 Définir les mots suivants:
néolibéralisme
thatchérisme,
reaganomique
2 Expliquez les phrases suivantes
« la notion fondamentaliste que les marchés sont autocorrecteurs, qu’ils distribuent efficacement les ressources et servent l’intérêt général »
 » Les maisons neuves appartenant à des familles qui n’avaient pas les moyens de les payer sont tombées en ruine et des millions de personnes se sont retrouvées à la rue. Dans certains cas, le gouvernement à dû intervenir pour sauver ce qui pouvait l’être et, quand il ne l’a pas fait, les dégâts se sont étendus. Certes, l’investissement excessif dans l’immobilier a été porteur de bénéfices à court terme : quelques Américains sont devenus propriétaires de maisons bien plus grandes que cela n’aurait été possible autrement. Mais à quel coût pour eux-mêmes et pour l’économie mondiale ? Avec leur maison, des millions de gens vont perdre les économies de toute une vie. Et les saisies dans l’immobilier ont entraîné un ralentissement mondial de l’activité. Il y a consensus quant aux prévisions : le ralentissement sera général et de longue durée »
3 Faire une recherche sur l’évolution des prix du baril de pétrole depuis un an
4 Analysez et commentez la phrase suivante
« Il y a aujourd’hui découplage total entre les bénéfices sociaux et les intérêts privés. S’ils ne sont pas soigneusement couplés, l’économie de marché ne peut fonctionner de manière satisfaisante »

********************************************************************************************************
Le monde n’est pas tendre envers le néolibéralisme, ce fourre-tout d’idées basées sur la notion fondamentaliste que les marchés sont autocorrecteurs, qu’ils distribuent efficacement les ressources et servent l’intérêt général. C’est le fondamentalisme de marché qui a soutenu le thatchérisme, la « reaganomique » et le « consensus de Washington » favorables aux privatisations, à la libéralisation économique et à des banques centrales indépendantes préoccupées uniquement par l’inflation.
Après un quart de siècle d’expérimentations parmi les pays en développement, les perdants apparaissent clairement : non seulement ceux qui ont adopté une politique néolibérale ont perdu la course à la croissance, mais quand il y a eu croissance, elle a bénéficié de manière disproportionnée aux plus riches.
Même si les néolibéraux se refusent à l’admettre, leur idéologie a échoué aussi à l’égard d’un autre critère, celui de l’allocation des ressources, comme à la fin des années 1990 avec les investissements consacrés à la fibre optique. Cette erreur a eu au moins un avantage inattendu : le coût des communications a baissé et l’Inde et la Chine se sont intégrées plus avant dans l’économie mondiale.
Mais aucune retombée positive n’a accompagné la mauvaise allocation à grande échelle des ressources au niveau de l’immobilier. Les maisons neuves appartenant à des familles qui n’avaient pas les moyens de les payer sont tombées en ruine et des millions de personnes se sont retrouvées à la rue. Dans certains cas, le gouvernement à dû intervenir pour sauver ce qui pouvait l’être et, quand il ne l’a pas fait, les dégâts se sont étendus. Certes, l’investissement excessif dans l’immobilier a été porteur de bénéfices à court terme : quelques Américains sont devenus propriétaires de maisons bien plus grandes que cela n’aurait été possible autrement. Mais à quel coût pour eux-mêmes et pour l’économie mondiale ? Avec leur maison, des millions de gens vont perdre les économies de toute une vie. Et les saisies dans l’immobilier ont entraîné un ralentissement mondial de l’activité. Il y a consensus quant aux prévisions : le ralentissement sera général et de longue durée.
De même, les marchés ne nous ont pas préparés à la hausse du prix du pétrole et de l’alimentation. Le problème de fond est que la rhétorique du marché est brandie de manière sélective : elle est revendiquée quand elle sert des intérêts particuliers et rejetée quand ce n’est pas le cas.
L’un des rares éléments que l’on peut mettre au crédit de George W. Bush est d’avoir réduit le fossé entre la rhétorique et la réalité, et cela comparé à Ronald Reagan qui, malgré tous ses discours en faveur de la liberté des marchés, avait imposé en toute liberté des restrictions commerciales, notamment la fameuse limitation « volontaire » à l’exportation des voitures japonaises.
La politique de George Bush a été pire, mais son outrecuidance à servir ouvertement le complexe militaro-industriel américain est bien plus apparente. L’administration Bush a pris une seule fois une mesure en faveur de l’environnement ; c’était avec les subventions en faveur de l’éthanol, dont l’intérêt écologique est douteux.
Ce mélange de rhétorique en faveur de l’ouverture des marchés et d’intervention gouvernementale a été particulièrement nuisible aux pays en développement. On leur a dit de ne plus intervenir dans l’agriculture, ce qui revenait à mettre en danger leurs paysans face à la concurrence irrésistible des Etats-Unis et de l’Europe. Leurs agriculteurs auraient peut-être pu concurrencer ceux du Nord, mais ils ne pouvaient concurrencer leurs subventions. Aussi les pays en développement ont-ils moins investi dans l’agriculture, et le fossé alimentaire s’est élargi.
Autrement dit, dans un monde d’abondance, des millions de gens dans les pays en développement ne peuvent toujours pas bénéficier du minimum nutritionnel. Dans beaucoup de ces pays, l’augmentation du coût de l’alimentation et de l’énergie aura des effets désastreux pour les plus démunis, car ces deux postes représentent une grande partie de leur dépense.
La colère dans le monde est palpable. Il n’est pas étonnant que les spéculateurs soient les premiers visés. Ils rétorquent qu’ils ne sont pas la cause du problème : « Nous sommes simplement à la recherche du juste prix. » Ce qui veut dire qu’ils ont découvert que l’offre est insuffisante.
Mais leur réponse manque de franchise. S’ils s’attendent à une hausse des prix et à une volatilité du marché, des centaines de millions d’agriculteurs vont prendre des précautions. Ils gagneront davantage s’ils font des stocks qu’ils écouleront plus tard. S’ils n’agissent pas ainsi, ils ne pourront pas se rattraper l’année prochaine si la récolte est moins abondante. Quelques grains retirés du marché par des centaines de millions d’agriculteurs un peu partout sur la planète finissent par représenter une quantité appréciable.
Les défenseurs du fondamentalisme de marché veulent faire porter la responsabilité de l’échec du marché, non à l’économie de marché mais au gouvernement. Un haut responsable chinois aurait déclaré que le problème tenait à ce que, face à la crise de l’immobilier, le gouvernement américain n’a pas fait assez pour venir en aide aux populations les moins fortunées. Je suis d’accord avec lui, mais cela ne change pas la réalité : les banques américaines ont mal géré les risques, et cela à une échelle colossale, avec des conséquences mondiales, tandis que les dirigeants de ces institutions sont partis avec des milliards de dollars d’indemnité.
Il y a aujourd’hui découplage total entre les bénéfices sociaux et les intérêts privés. S’ils ne sont pas soigneusement couplés, l’économie de marché ne peut fonctionner de manière satisfaisante.
Le fondamentalisme néolibéral est une doctrine politique au service d’intérêts privés, il ne repose pas sur une théorie économique. Il est maintenant évident qu’il ne repose pas non plus sur une expérience historique. Cette leçon est le seul bénéfice à tirer de la menace qui pèse sur l’économie mondiale.
JOSEPH E. STIGLITZ, prix Nobel d’économie 2001, est professeur à l’université Columbia (New York

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