Que retenir de la crise

[ 19/07/10  - 03H00  - Les Echos  - actualisé à 09:08:00  ]

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C’était il y a trois ans. Le 17 juillet 2007, la banque Bear Stearns annonçait le naufrage de deux « hedge funds » qui avaient investi lourdement sur le marché des prêts immobiliers aux ménages américains très endettés. Ce naufrage ravivait les inquiétudes sur les « subprimes » et une crise se déclenchait en plein été sur les marchés financiers. A l’époque, personne n’imaginait que cela pourrait déboucher sur une crise économique mondiale d’une ampleur sans précédent depuis 1929. Pour Jean-Philippe Cotis, directeur général de l’Insee, il ne s’agit pas d’une défaillance de la statistique mais « de l’expertise » : les indicateurs ont décrit correctement les déséquilibres macroéconomiques, mais leur usage n’a pas toujours été bon (lire ci-dessous).

Voir les phénomènes de bulles et de surendettement est une chose, anticiper les crises en est une autre : « Les économistes sont mal armés pour analyser le systémique et les phénomènes d’anticipation collective qui provoquent une crise », reconnaît Patrick Artus, directeur des études économiques de Natixis. Par ailleurs, « les informations financières manquaient et peu de gens connaissaient les risques que prenaient les banques avec la titrisation », explique David Thesmar, professeur de finance à HEC.

« L’opacité demeure »

Trois ans plus tard, les choses ont-elles changé ? Pas vraiment, à en croire les économistes. « Nous ne sommes pas mieux armés, poursuit-il, alors que l’Europe tarde à renforcer la régulation financière. L’opacité demeure : l’information financière ne s’est pas améliorée, de même que sa diffusion au-delà des régulateurs. » En France, l’Autorité de la statistique publique appelle justement à développer les statistiques financières (lire ci-contre).

Du côté de la macroéconomie, les indicateurs ne sont pas vraiment remis en cause. Xavier Timbeau, directeur du département analyse et prévision de l’OFCE, regrette tout de même qu’ils aient un train de retard par rapport à la situation qu’ils décrivent : « Fin 2008, le message était encore de dire que l’Europe serait peu touchée, alors qu’elle était déjà entrée en récession à l’été, en même temps que les Etats-Unis. »

A défaut d’indicateurs nouveaux, la crise a modifié les comportements : « Il y a une prise de conscience que la boîte à outils doit changer, que les modèles mathématiques ne permettent pas de prévoir les crises, indique Patrick Artus. Les économistes doivent avoir une approche pluridisciplinaire et travailler plus avec les sociologues et les spécialistes de l’opinion. » Xavier Timbeau reconnaît qu’ « il y a un vrai bouillonnement intellectuel » pour comprendre ce qui s’est passé. « De là naîtra peut-être une théorie de la crise… », espère-t-il. La crise a également relancé le débat sur la façon de mener les politiques conjoncturelles : « L’analyse de la réussite ou non des plans de relance massifs et hétéroclites permettra de renouveler les doctrines », prédit Xavier Timbeau. Mathilde Lemoine, directrice des études économiques chez HSBC France, reconnaît être « plus attentive aux « paris » que font les gouvernements : la crise a montré que les politiques budgétaires ont plus d’influence qu’on voulait le croire ».

La politique monétaire est également au centre des réflexions : « Les déséquilibres macroéconomiques sont aussi importants que le manque de réglementation financière dans la genèse de la crise des « subprimes », mais sont aussi plus difficiles à résorber, poursuit-elle. La politique monétaire ne doit pas être utilisée pour pallier le manque de croissance tendancielle d’une économie. »

F. S., Les Echos

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