Devenu actionnaire avisé, l’Etat perçoit cinq fois plus de dividendes qu’il y a cinq ans

L’Etat a perçu, en 2007, 4 milliards d’euros de dividendes des entreprises dans lesquelles il détient une participation. Pour 2008, le chiffre doit dépasser 5 milliards. Mais ces sommes ne sont pas forcément utilisées à bon escient.

L’Etat actionnaire prélève encore nettement moins aux sociétés qu’il contrôle que ne le font les actionnaires du privé.
L’Etat a perdu sa pudeur d’actionnaire. Plus de 2,3 milliards d’euros d’EDF, 1,24 milliard d’euros de Gaz de France, 141 millions d’euros de La Poste, 134 millions d’euros de la SNCF… : ce sont des dividendes sans précédent que l’Etat demande, depuis le début de cette année, aux entreprises dans lesquelles il détient une participation, qu’elle soit majoritaire ou minoritaire. L’année dernière, déjà, ils avaient atteint 3,9 milliards d’euros. En 2008, ce sont plus de 5,1 milliards d’euros de profits de ces sociétés qui devraient tomber dans les caisses du Trésor public (1). Un chiffre record, cinq fois plus élevé que celui de 2003.
Depuis cette date, les dividendes perçus par l’Etat n’ont cessé de progresser mais la hausse s’est nettement accélérée à partir de 2005. C’est, en grande partie, la conséquence de l’amélioration des résultats des entreprises publiques, désormais complètement converties à la culture de la performance et de la profitabilité. En 2007, EDF a réalisé un profit historique de 5,6 milliards d’euros.
Seule la RATP échappe à la règle
La SNCF a affiché, elle aussi, un résultat jamais vu de 1 milliard. La part des bénéfices reversée à l’actionnaire, le « pay out » en langage financier, reflète donc la bonne santé financière de groupes parfois encore totalement publics, mais qui ont tourné la page d’années de pertes après avoir « découvert que, comme les autres, ils étaient mortels », comme dit joliment le directeur général de l’Agence des participations de l’Etat, Bruno Bézard. Entré à l’APE en 2002 – à l’époque comme directeur adjoint -, ce dernier n’est pas étranger à cet enrichissement. Depuis des années, ce nouveau visage du capitalisme à la française, qui gère une « fortune » de 167 milliards – trois fois supérieure à celle de Bill Gates -, ne cesse de plaider pour que l’Etat joue plus activement, et sans complexe, son rôle d’actionnaire. Que la SNCF et La Poste aient versé un dividende pour la première fois cette année à leur unique actionnaire, voilà qui est à mettre à son actif. Seule la RATP semble désormais devoir échapper à cette règle, probablement pour ménager la situation sociale de la régie.
A cette exception près, la politique de l’APE paraît vouée à s’amplifier. Car, aujourd’hui, l’Etat actionnaire prélève encore nettement moins aux sociétés qu’il contrôle que ne le font les actionnaires du secteur privé. A titre d’exemple, le dividende versé par la SNCF ne représente que 12,5 % de son résultat, quand les taux en vigueur dans les sociétés cotées sont plutôt de l’ordre de 40 % à 50 %. Actionnaire avisé, l’Etat entend laisser à ses entreprises les moyens d’investir et de se développer. Mais, piètre gestionnaire des budgets publics, il est, de plus en plus, tenté de consacrer ces dividendes à améliorer ses propres comptes. Fin 2007, Bercy n’a-t-il pas exigé d’EDF le versement, par anticipation, de 922 milliards d’euros pour aider à maintenir le déficit de l’Etat juste à l’objectif inscrit en collectif budgétaire, de 38,4 milliards d’euros ? Mieux vaudrait, sans doute, les utiliser pour investir.
J.-FR. P.

(1) Y compris 922 milliards d’euros versés par anticipation en 2007 mais qu’il est plus logique de comptabiliser en 2008.

Les Echos[ 20/05/08 ]

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